
Début mai j’ai ouvert une porte et il était temps que je la franchisse.
Certains ne se posent pas la question quand ils sortent de chez eux. Ils s’exposent aux autres et osent s’affirmer, parfois même devant une foule entière.
Mais pour d’autres, c’est un acte de stress intense qui perdure et qui ne s’arrête pas malgré les années. On peut l’appeler phobie sociale ou encore stress post-traumatique. Au final, ce sont des peurs qui nous empêchent de nous exposer ou de faire certaines choses.
En mai, je me suis donc exposée en allant faire mon tout premier marché. Mais avant de parvenir à prendre ma voiture et aller sur le marché avec les autres exposants, il m’aura fallu un an et demi à ne pas y arriver. Il faut être très patient avec soi-même. Les peurs sont assez coriaces pour nous retenir de faire de belles choses. Pourquoi j’y suis parvenue ?
Je me suis préparée. Même si je n’avais pas assez de courage pour y aller, j’ai mis en place tout ce que j’étais capable de faire pour le moment. Et toute cette préparation m’a aidée à avoir moins peur. C’est logique, mais quand on a l’esprit fixé sur ce qui nous effraie, ça l’est peut-être moins.
J’ai donc dans un premier temps appelé la mairie pour savoir comment se passe le marché du point de vue d’un exposant. À quelle heure venir ? Quels papiers avoir sur soi ?
J’ai aussi préparé mon stand chez moi pour avoir quelque chose de correct et de facilement transportable à présenter. Je me souviens encore que la table prenait toute la place dans le salon pour faire mes essais et que mon mari avait du mal à en faire le tour.
Et au mois de mai, j’ai senti que la marche à monter n’était plus si grande que cela pour moi. J’en ai donc profité et je me suis lancée.
Comme ce n’est pas un conte de fées, mes efforts n’ont pas payé totalement la première fois puisqu’il me manquait un papier pour pouvoir faire le marché et le placier m’a gentiment dit de rentrer chez moi devant tout le monde. Les regards des autres ne se sont pas attardés sur moi et j’ai pu rester calme en partant. Étrangement, cela ne m’a pas découragée et deux semaines plus tard, je suis revenue avec le papier et j’ai ainsi fait mon tout premier marché.
L’installation s’est bien passée et les commerçants étaient vraiment attentionnés. J’ai beaucoup aimé leur sympathie et je me suis sentie la bienvenue. Certains m’ont donné des astuces, d’autres m’ont payé le café. Les odeurs de cigarettes et certaines vulgarités n’ont pas entaché celles des plats qui mijotent dans les grandes gamelles et des viennoiseries qui attendent au chaud. J’avais l’impression d’entrer dans un petit monde à part. On s’entraide dès que quelqu’un en a besoin. Après trois mois d’expériences, je constate qu’il n’y a pas de meilleurs collègues possibles.
J’ai accepté l’idée de ne pas réussir parfaitement dès la première fois, en me disant que ce sont le temps et l’expérience qui allaient m’aider à évoluer. Petit à petit, certains m’ont fait remarquer que mon visage paraissait plus détendu et que j’étais plus à l’aise.
Et puis j’ai eu mes premiers clients. Mes premiers compliments. Des éléments concrets qui donnent le courage de continuer. Sur internet les gens ne s’expriment pas de la même manière, ils sont souvent plus discrets sur ce qu’ils pensent. Ils n’ont pas le réflexe de s’exprimer et d’interagir comme lorsque l’on est en face. Pour cela, les marchés me font beaucoup de bien.
Après le premier marché, j’étais tellement fatiguée que je suis restée allongée toute l’après-midi.
Voici quelques compliments que j’ai reçus de personnes qui ont vu mon travail avec leurs yeux (sur les trois derniers mois) :
- Ouah quel travail.
- C’est magnifique.
- Quelle patience.
- C’est super pour faire de vrais cadeaux.
- C’est sûr ça va marcher.
- On dirait des bonbons.
- On ne voit pas ça ailleurs.
- Au moins c’est unique.
- C’est tellement fin, comment vous faites ?
Je ne l’ai pas vu venir, mais tous ces mots me redonnent confiance en mon travail.
Après trois mois de marchés, je suis heureuse d’avoir réussi à m’exposer. Cela me donne la force nécessaire pour continuer. Bien sûr, je garde ma boutique en ligne et mon site internet qui est devenu mon coin d’introspection et de lecture que je partage avec vous. Cela est très précieux pour moi aussi. C’est juste que chaque élément de mon entreprise commence à prendre sa place et à cohabiter avec le reste. J’apprends à trouver mon équilibre.
Et vous, quelle porte aimeriez-vous franchir et qu’est-ce qui vous aide à apprivoiser vos peurs ?
